TJM freelance : comment le calculer correctement (méthode 2026)

Méthode pour fixer ton TJM sans te tromper : multiplicateurs par statut juridique, jours facturables réels, pièges à éviter et benchmarks par profil.

Jean-Marc Villatte 11 min de lecture

Ton TJM est la pierre angulaire de ton business freelance. Mal calculé, soit tu travailles à perte sans le savoir, soit tu perds des missions parce que tu surfactures, soit (le plus courant) tu te retrouves coincé entre les deux pendant 2 ans avant de comprendre que ton modèle ne tient pas.

Pourtant la majorité des freelances fixent leur TJM « au feeling » en regardant ce que postent les autres sur LinkedIn ou en demandant à un copain. Méthode séduisante, méthode dangereuse : le TJM publié sur LinkedIn est statistiquement biaisé (les freelances qui partagent leur TJM sont surreprésentés dans la fourchette haute), et celui de ton copain reflète sa situation personnelle, pas la tienne.

Ce guide te donne la méthode rigoureuse en 4 étapes, les pièges à éviter, des benchmarks indicatifs par profil, et la connexion directe entre TJM bien calculé et CRA bien suivi.

Qu’est-ce que le TJM exactement ?

Le TJM (Tarif Journalier Moyen) est le prix d’une journée de prestation que tu factures à ton client. Il s’applique principalement aux missions en régie au temps passé — par opposition aux missions au forfait où tu vends un livrable à prix fixe.

Une journée TJM correspond conventionnellement à environ 7 heures de travail effectif, pas à une journée complète bureaux de 9h. Pourquoi pas un taux horaire ? Trois raisons : c’est l’unité de référence du B2B en France, c’est aligné avec les CRA (qui se comptent en jours), et c’est psychologiquement plus lisible pour un client qui valide un volume mensuel.

Le TJM ne couvre pas que ton temps de production : il intègre ton temps de prospection, ta comptabilité, ta formation continue, tes congés, et toutes tes charges. C’est pour ça que ton TJM est mécaniquement bien supérieur à un salaire journalier équivalent.

La méthode de calcul en 4 étapes

1. Définir ton net annuel cible

C’est le point de départ : combien veux-tu toucher net dans ta poche, après charges et impôts, sur une année complète. Sois honnête avec toi-même : ne prends pas le chiffre que tu touchais en salarié, prends le chiffre dont tu as besoin pour vivre + épargner + sécuriser.

Exemple : tu veux 50 000 € net/an.

2. Calculer le chiffre d’affaires nécessaire selon ton statut

C’est ici que la majorité se plante. Ton CA n’est pas ton revenu — il doit financer tes charges sociales, ta fiscalité, et éventuellement les frais de structure (portage, etc.).

Multiplicateurs indicatifs CA / net selon ton statut juridique :

  • Microentreprise : CA ≈ Net × 1,5 à 1,8 (charges sociales ~22 % du CA + impôt sur le revenu, pas de déduction de frais réels)
  • SASU à l’IS : CA ≈ Net × 2,0 à 2,5 (charges sociales dirigeant ~45 % de la rémunération brute, IS 15-25 %, flat tax 30 % sur dividendes)
  • EURL à l’IS : CA ≈ Net × 2,0 à 2,3 (charges TNS un peu moins lourdes que la SASU)
  • Portage salarial : CA ≈ Net × 1,9 à 2,2 (frais de gestion 5-10 % + charges sociales salariales et patronales)

Avec notre exemple à 50 000 € net :

  • En microentreprise : CA cible ≈ 80 000 €
  • En SASU : CA cible ≈ 110 000 €
  • En portage : CA cible ≈ 100 000 €

Ces multiplicateurs sont des ordres de grandeur. Pour une simulation précise adaptée à ta situation (charges familiales, abattements, dispositifs ACRE, etc.), passer par un expert-comptable ou un simulateur fiscal sérieux est indispensable avant de fixer ton TJM définitif.

3. Définir ton nombre de jours facturables par an

Une année compte 365 jours, mais tu ne pourras jamais en facturer 365 (ni même 250). Le calcul théorique :

  • 365 jours - 104 week-ends - 11 jours fériés - 25 jours de congés - 5 jours de maladie/aléas - 15 jours de formation/admin = ~205 jours théoriques disponibles

Mais en pratique, ton taux d’occupation n’est pas de 100 % :

  • Inter-contrat entre deux missions (10-30 jours/an selon l’année)
  • Prospection commerciale (5-10 jours/an)
  • Comptabilité, devis, contrats (10-15 jours/an)
  • Pauses entre deux missions (récupération, choix volontaire)

Un freelance qui tourne bien est sur 160 à 180 jours facturables par an (taux d’occupation 78-88 % des jours théoriques). En première année, compter plutôt 130-150 jours pour intégrer le démarrage difficile.

4. TJM = CA cible / jours facturables

Reprenons notre exemple à 50 000 € net en SASU :

  • CA cible : 110 000 €
  • Jours facturables réalistes : 170 jours
  • TJM ≈ 647 € HT/jour, à arrondir à 650 ou 700 € HT/jour

En microentreprise (mêmes 50 000 € net) :

  • CA cible : 80 000 €
  • Jours facturables : 170
  • TJM ≈ 470 € HT/jour, à arrondir à 500 € HT/jour

L’écart entre les deux statuts (650 vs 470) illustre pourquoi le choix de statut juridique est intimement lié à ton TJM affiché. Si tu hésites encore sur ton statut ou si tu envisages de basculer (micro → SASU notamment), notre guide dédié détaille les 5 statuts possibles et les critères de choix par profil : quel statut juridique choisir en freelance.

Les pièges classiques à éviter

Piège 1 : oublier les charges et taxes

C’est le piège numéro un. Beaucoup de freelances calculent leur TJM sur leur net visé sans intégrer correctement les charges. Résultat : ils annoncent 500 €/jour, facturent 100 000 € sur l’année, et découvrent en fin d’exercice qu’ils ne touchent que 30 000 € net après URSSAF, IS et impôt sur le revenu.

Refais le calcul chaque année quand ton statut évolue (passage micro → SASU par exemple) ou quand ta tranche d’imposition change.

Piège 2 : sous-estimer le temps non facturable

Les nouveaux freelances comptent souvent 220-240 jours facturables, en assumant qu’ils travailleront « comme un salarié, mais facturable tous les jours ». C’est faux. La réalité freelance inclut :

  • Prospection active si tu veux pas dépendre d’un seul client
  • Comptabilité (souvent sous-estimée)
  • Réponses aux appels d’offres (parfois gratuites)
  • Formation continue pour ne pas devenir obsolète
  • Périodes blanches inévitables

Compter 170 jours facturables est un objectif réaliste atteint, pas un point de départ.

Piège 3 : se caler sur le TJM affiché du marché sans réfléchir

Le « TJM moyen marché » pour ton profil tel qu’il apparaît sur Malt, Free-Work ou LinkedIn n’est pas forcément ton TJM optimal. Deux biais à connaître :

  • Biais de publication : les freelances qui affichent leur TJM publiquement sont souvent les mieux payés (les autres ne communiquent pas)
  • Biais de visibilité : les annonces ESN affichent des fourchettes basses (leur marge se prend dessus). Le TJM client final est typiquement 20-30 % au-dessus

Ta spécialité, ta seniorité, ta zone géographique, ton type de client cible (PME vs grand compte) sont des facteurs majeurs. Un même profil peut justifier un TJM de 500 à 1100 € selon ces variables.

Piège 4 : ne pas re-calculer ton TJM tous les 6-12 mois

Le marché bouge (inflation, demande sur ta stack). Ta situation bouge (changement de statut, nouveau régime fiscal, vie perso). Ton positionnement bouge (montée en seniorité, nouvelles références).

Revoir son TJM une fois par an minimum est la norme. Beaucoup de freelances perdent 10-20 % de revenus simplement parce qu’ils n’ont pas augmenté leur TJM depuis 3 ans alors que leur niveau et la demande ont progressé.

Benchmarks indicatifs par profil (Île-de-France 2026, B2B grand compte direct)

Ces fourchettes sont des ordres de grandeur indicatifs, basés sur les observations marché à date. Elles varient fortement selon la stack, la spécialité, la rareté et la cible client.

Disclaimer important : le marché freelance tech français est en correction baissière depuis 2024 (fin de l’euphorie post-pandémie, plus de candidats, budgets clients resserrés). Les fourchettes ci-dessous reflètent cette réalité 2026, pas les chiffres parfois encore affichés dans les articles de 2022-2023. Avant de fixer ton TJM, croise toujours avec des sources live :

  • Malt (malt.fr) — filtres par compétence, localisation et seniorité
  • Free-Work (free-work.com) — baromètre TJM régulièrement mis à jour
  • Comet (comet.co) — plutôt orienté grand compte
  • Ton propre réseau (échanges off avec d’autres freelances de ton profil)

Ces fourchettes ne constituent pas une recommandation tarifaire mais un point de calibration parmi d’autres.

ProfilJunior (0-3 ans)Confirmé (3-7 ans)Senior (7+ ans)Expert / Lead
Développeur back / front350-450 €450-600 €600-800 €800-1100 €
Développeur fullstack400-500 €500-650 €650-850 €850-1100 €
Consultant data / data eng400-550 €550-700 €700-900 €900-1200 €
Designer UX / UI350-450 €450-600 €600-800 €800-1000 €
Chef de projet / PMO400-500 €500-650 €650-800 €800-1000 €
DevOps / SRE / cloud450-600 €600-800 €800-1000 €1000-1300 €
Product manager500-650 €650-850 €850-1100 €1100-1400 €

Ajustements géographiques et contractuels :

  • Province : -15 à -25 % en moyenne (sauf grandes métropoles tech : Lyon, Bordeaux, Nantes, Toulouse où l’écart se resserre)
  • Télétravail full remote : neutre sur le TJM final (le marché s’est aligné), mais ouvre la concurrence internationale
  • Via ESN ou intermédiaire : -10 à -25 % (la marge intermédiaire se prend sur ton TJM)
  • Forfait vs régie : forfait demande un TJM équivalent 10-20 % supérieur pour couvrir le risque

Les facteurs qui font monter ou descendre ton TJM

À la hausse :

  • Stack ou compétence rare (Rust, Go, Elixir, ML appliqué, sécurité offensive)
  • Compétences transverses (dev + product, data + business, design + dev)
  • Réputation établie (références publiques, conférences, contenu, communauté)
  • Cible client (grand compte du CAC 40 paie 30-50 % plus qu’une PME provinciale)
  • Urgence / criticité de la mission (remplacement urgent, projet stratégique)

À la baisse :

  • Localisation hors grandes métropoles
  • Intermédiation multiple (ESN d’ESN, marketplace avec commission)
  • Engagement long (le client négocie une remise de 5-10 % sur une mission > 1 an)
  • Format forfait sans risque (livrable bien cadré, peu d’aléa)
  • Profil pur exécutant sans valeur ajoutée stratégique

Comment négocier ton TJM avec un client

Quelques principes opérationnels :

  • Ne jamais donner ton TJM en premier. Demande le cadre budgétaire du client d’abord. « Quelle enveloppe avez-vous prévue pour cette mission ? » sépare immédiatement les clients qui paient bien des autres.
  • Aligner sur la valeur, pas le coût. « Cette mission représente potentiellement X € de chiffre d’affaires ou Y heures économisées pour vous » justifie un TJM premium mieux qu’un argument « j’ai 8 ans d’expérience ».
  • Avoir 3 paliers en tête : objectif (TJM idéal), acceptable (TJM minimum pour accepter), walk-away (TJM en dessous duquel tu refuses sans regret).
  • Préférer un TJM ferme à un TJM gonflé négocié à la baisse. Annoncer 800 ferme passe mieux que 950 puis remise à 800 — le client retient la remise et la rejouera.

Le TJM et le CRA : un lien direct sur ta trésorerie

Ton TJM ne devient un revenu réel qu’une fois multiplié par les jours validés sur ton CRA. Si ton TJM est à 650 €/jour et que ton CRA mensuel valide 18 jours, ta facture mensuelle = 11 700 €. Si tu perds un jour pour cause de CRA mal rempli ou contestation, c’est 650 € qui partent.

C’est pour ça que la rigueur du suivi de temps et la vitesse de validation client ne sont pas des questions administratives mineures : elles déterminent la part de ton TJM qui se transforme effectivement en cash.

Pour creuser les deux étapes critiques :

En conclusion

Calculer son TJM est un exercice à la fois mathématique (4 étapes simples) et stratégique (positionnement, valeur, contexte). La méthode :

  1. Net visé annuel (sois honnête sur le besoin réel)
  2. Multiplicateur statut pour obtenir le CA cible
  3. Jours facturables réels (170 jours pour un freelance qui tourne bien)
  4. TJM = CA / jours, à ajuster selon les benchmarks marché

À revoir tous les 6-12 mois. À tester en négo. À ajuster sans état d’âme.

Le TJM bien calculé, c’est le socle. Le suivi rigoureux du temps et la validation rapide de tes CRA, c’est ce qui transforme ce socle en cash effectif. Kraafty couvre exactement cette deuxième moitié — saisie quotidienne, génération CRA automatique, validation client en ligne — pour que tes 170 jours facturables deviennent 170 jours payés sans friction.